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Ultra Absorbant

Cinq shows mémorables (2000-2010)

Marc-André Savard
6 janvier 2010

Bon, comme plusieurs collègues, je suis de retour en ville. De mon côté, le break du blog était causé par un éloignement dans ma bien-aimée et si creuse contrée de Charlevoix. Comme premier billet de l’année, j’envois une rétro de mes 5 concerts les plus marquants de la décennie 2000-2010.

«Caliss, lui avec nous garoche un top!»

J’savais que t’allais dire ça, mais je comprends. Tous les médias sont déjà saturés de tops débiles pis je sentais pas que j’avais la pertinence de rajouter une couche…sauf en ce qui a trait aux concerts. Dans les dix dernières années, j’en ai quand même vu autour de 300. Pas si pire, sauf que c’est moins que n’importe lequel barman de bar spectacles qui a un peu de vécu. En plus, la majorité des shows que je vois ne sont crissement pas in.

J’ai été trop cassé pendant un bout pour aller voir des shows qui sautaient le 20$ sans oublier que je suis allergique aux festivals et aux shows à grands déploiement. Le show business dénature souvent la performance de l’artiste, paritculièrement en ce qui a trait à la musique agressive. Si tu veux te taper un safari, tu peux aller au zoo, mais t’auras pas de montée d’adrénaline en voyant des lions derrière des clôtures de 12 pieds coudes à coudes avec une poignée de morons. Par contre, tu vas avoir plus d’émotion forte si tu t’aventures en pleine savane en ayant la chienne de te faire mordre les jarets par une meute de lions. Je préfère donc de loin les shows dans des endroits miteux sans barrière, à six pouces du groupe, avec 20 autres tarlets qui te vomissent sur les molets ou qui swinguent leur bras de tous les côtés.

Tout ça pour dire que je vivais bien avec le fait de ne pas publier de tops. Sauf que pendant mon séjour dans la maison familiale le premier de l’an, je filais un brin nostalgique. J’ai donc déterré une vieille caisse pleine de posters, flyers et talons de billet ensevelie sous une pile de vieux Bangbang et de Exclaim!. Des bons souvenirs sont remontés à la surface accompagnés de quelques rots de tourtière du souper. J’en partage quelques uns. Les souvenirs, là, pas les rots. (j’suis pas encore capable de les capturer avec un pot Masson mais je travaille là-dessus)

On peut se souvenir d’un show simplement à cause de la performance du groupe en tant que tel mais aussi à cause de tout ce qui a autours: La foule, ton état, ton expérience, le roadtrip, l’après-show, etc. En tenant ça en ligne de compte, oui, c’est possible de comparer un show de Les Charognes avec celui d’Iron Maiden…Voici, donc, chers amis, les cinq spectacles qui m’ont le plus marqué depuis 2000, en ordre nécrologique (soit en partant de celui qui était enterré le plus profondément dans la boîte).

***

Les Charognes
Le 19 mai 2000
Au Forum Jeunesse de Baie-Saint-Paul

En 2000, j’étais un habitué des shows qu’organisait la maison des jeunes d’ayousse c’que j’viens (Baie Saint-Paul). Si bien que de spectacles en spectacles, un fort sentiment d’appartenance pour la scène locale  prenait naissance entre mes boutons. Malheureusement, la gang qui se chargeait de l’organisation de ces spectacles était écoeurée. Influencé par l’éthique punk  et le Dit Aïe Ouiaille, j’ai décidé d’organiser mon premier spectacle punk, à l’aube de mes 17 ans.

J’avais le goût d’offrir quelques choses d’autre que les bands locaux, quelque chose de l’extérieur. Le fuck, c’est que je connaissais presque rien de ce qui se faisait localement en-dehors de mon trou, fait que j’me suis assis devant l’ordi, j’ai gueulé à ma mère de ne pas toucher au téléphone, j’me suis connecté à internet (tiditidrouuuuiiiiishshshshshs) pis j’me suis mis à la recherche d’un band punk qui fesse.

Je me suis arrêté sur les Charognes, un band de Montréal. (4h de route de chez nous, c’t’en masse loin) Y avaient des mohawks, y avaient l’air sales pis les mp3s sur leur site garochaient. C’est eux-autres que ça me prenait. J’appele le chanteur. Il est surpris mais y embarque dans le projet à fond. Le band s’achète même un Econoline pour une centaine de piasses spécialement pour l’occasion. (ledit véhicule perdra une roue sur un pont quelques semaines après le show)

Hanté par un flop à mon premier concert, j’avais fait une promo qu’un bipolaire dans un high n’aurait même pas accoté. Le soir du show, la maison des jeunes déborde. Y a mêmes des p’tites amies de Chicoutimi connues sur mIRC qui sont descendues et qui font de la mess pour l’occasion. (tellement cliché, je sais) Les quatre bands locaux en première partie réchauffent la salle. Quand les Charognes embarquent sur le pas-de-stage, la foule est ravie de voir que le groupe est aussi sale que sur les photos et le plancher explose. Sur un nuage, je redistribue toute l’argent des entrées parmi les bands, sans me garder un sous. Ça, c’est de l’éthique (ou de la stupitidé, j’suis pu sûr avec du recul)

Le traditionnel après-show se fera sur un terrain-vague autour d’un feu de camp. Tout qu’un clash de voir des punks de Montréal perdus dans le bois en Charlevoix essayer de couper un arbre tant bien que mal pour faire du feu.

Ce show a été un succès monstre. Même si le line up était profondément local et assez ordinaire, je vais toujours avoir une graine dans l’oeil quand je revois le flyer que j’avais gossé dans Paintshop parce que c’est là que j’ai eu la piqûre pour l’organisation de spectacles. Mon ground zero. Tsé, on se souvient de notre premier french même si c’est avec une p’tite laitte aux cheveux frisés…

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Sick Of It All
Le 30 avril 2000
Au D’Auteuil de Québec

J’avais découvert Sick Of It All quelques années plus tôt en achetant Built To Last sur Maison Columbia (-1 scene point). L’album m’a ouvert au hardcore, un style de musique qui m’a parlé immédiatement. Plus brutal que le grunge, moins fifon que le punk rock pis moins prétentieux que le metal. Fallait maintenant que j’en fasse la pleine expérience en concert. Quand j’ai vu que Sick Of It All passait par Québec, j’ai crinqué mon frère pour qu’il me fasse un lift jusque là (1h de route de ma ville). En plus, le billet était à 10$ (allo rapport qualité-prix).

Quand j’ai vu le plancher s’ouvrir et le monde faire du floorpunch (pas du mosh là, en 2000, ça s’appelait du floorpunch), y a deux étoiles qui ont popé dans mes yeux. C’était la première fois où je voyais autant de violence brute sur un plancher et un groupe dégager tant d’énergie. (à l’époque, je savais pas qu’on pouvait faire des 360 avec une guit!) Le d’Auteuil, un petit bar aux murs de pierres tremblait littéralement (l’un des murs s’effrondra d’ailleurs quelques années plus tard, obligeant le bar à fermer). Même au milieu d’un tel tourbillon, le chanteur de Sick Of It All était détendu sur scène et faisait des jokes, invitant les filles à danser. En plein milieu du set, le chanteur de Indecision, le groupe de New York qui jouait avant, est apparu sur le plancher en boxer, couvert de crème à barbe. Ça s’amusait ferme. Blood, sweat and no tear (pour citer Sick Of It All). Mon premier «vrai» show hardcore qui a consolider mon intérêt pour le genre mais surtout pour Sick Of It All, mon groupe fétiche depuis ce fameux soir.

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Vulgar Deli
Le 10 août 2001
Au WoodspunX 2001 à Baie-Saint-Paul

Le WoodspunX était un festival de musique marginale en plein-air qui s’est répété pendant 10 étés de file (le dernier ayant eu lieu il y a deux ans). J’ai participé à l’organisation de 5 d’entre eux et chaque édition a eu son lot d’imprévus et de surprises.

Même si le nom du festival était à chier (y était pas de moi alors mon honneur est sauf sur ce coup-là), le festival constituait l’événement de l’été pour tous les jeunes de la région. En 2000, le festival avait attirer près de 1000 personnes (ce qui était un sacré nombre par chez nous) alors on voulait surpasser ça en tenant l’événement sur deux jours.

Au printemps 2001, ma principale tâche était de dénicher des bons groupes pour le festival. Je me tapais donc tous les démos qu’on recevait par la poste. La plupart était par des groupes inconnus et on comprenait vite pourquoi ils l’étaient (et le sont restés!). Un beau matin, le deal que j’étais sur le point de conclure avec 100 Demons comme tête d’affiche du deuxième soir a chié. J’étais en train de dépluger le toaster pour l’apporter dans mon bain quand j’ai reçu le premier disque de Vulgar Deli, un autre band de Montréal qui m’était inconnu. Je dépose le toasteur et mets le disque dans le lecteur. Les speakers crachent un «Waaaaaaaaaaa» d’un gars en beau calisse suivi d’un riff rock’n’roll sur la poud’. Solide coup de pied au cul. J’appele mon partenaire. «Man, fuck 100 Demons, je viens de trouver notre tête d’affiche du samedi!». On organise ça avec Vulgar Deli. Tout est beau.

Les deux jours du festival arrivent enfin. Le premier soir, le vendredi, était dédié au metal. Anonymus s’occupait de la tête d’affiche. Parle, parle, jase, jase, avec le band avant le show. Un des gars me demande qui va jouer le lendemain. À la mention de Vulgar Deli, tout le band affiche un sourire en coin. «T’es mieux de signer un contrat avec eux-autres, ça va brasser.»

Mon partenaire, un grand manitou de la scène locale (feu monsieur David Guay, repose en paix) me regarde avec une face du genre «Que c’est tu m’as booké là mon p’tit criss?».

Le lendemain, j’attends l’arrivée de Vulgar Deli avec une nuées de papillons qui batifolent dans ma bile. Le groupe se pointe tôt et les gars sont très sympathiques. Pendant que je fais signer un contrat d’entente à Costa, le chanteur, un rocker à la grande gueule sort de la van, se peigne les cheveux, et se mêle à la procédure. Le gars, un certain Danny (Duke), déconne et fait des jokes. Dans la section de ce que le festival garantit au groupe, il rajoute «filles de 16 ans». Il me tape dans l’dos. Tout l’monde rit pis moi je signe ça en trouvant ça ben drôle.

Le moment du show de Vulgar Deli arrive enfin. Avant de débuter, Costa descend sur le plancher et commence avec le fameux «Waaaaaa» qui débute l’album. Le band explose et la foule a aussitôt le cul botté comme le mien l’a été quelques mois plus tôt. Le thrash soulève un nuage de poussière, le party poigne. Costa calle d’la bière et se mets à narguer la foule.

À Baie-Saint-Paul, tout l’monde est évidemment blanc et parle français, sauf que Costa est un gros Grecque qui se mets à faire des jokes en franglais. Ça passe pas pantoute pis une coupe de gars au nez blanchis se disent qu’il faudrait ben lui régler son cas. L’un d’eux s’approche à deux pouces de Costa et ce doux dialogue me raisonne encore dans les oreilles.

Le gars: T’es rien qu’un osti de gros sale!
Costa:  Quoi? Dis-le dans le micro, man.
- T’es rien qu’un osti de gros sale [dans le micro]
- J’m'en criss tellement de toi man [et le show continue]

Sur la scène, Danny sent que la tension monte d’une couple de crans et demande d’avoir ses filles de 16 ans, que c’est sur son contrat. Une bande de vierges offensées ne comprend pas le deuxième degré et pète une coche. Mon partenaire, engagé par la maison de jeunes locale pour coordonner le festival, s’étouffe dans sa bière et je patine en lui expliquant comment j’ai pu approuver ça. Tsé quand on se sent cave…

Danny, bon joueur, finit par demander des «filles de 18 ans», rien pour arranger les choses. Personne saute finalement  sur Costa et le show se termine avec la même intensité qu’il a commencé. Rien de cassé sauf un micro de caisse claire. J’apprends ce soir-là qu’un cossin gros comme une gosse peut coûter aussi cher qu’un terme de char.

Après le show, la tribu des nez blanchis se lance dans un interminable argumentation avec Vulgar Deli. Rene de la Muerte, qui jouait de la guit dans Vulgar Deli, me regarde, dépassé par les événéments et demande: «J’comprends pas, le monde veut nous péter la gueule mais on a tout vendu notre merch!»

C’est là que j’ai compris qu’un bon band punk doit brasser de la marde pis que c’est de ceux-là qu’on se souvient le plus.

Terror
Octobre 2005
À l’ANTI de Québec

Au moment du show, Terror était déjà l’un des groupes les plus respectés et énergiques du genre. Cursed (encore parmi les meilleures formations lourdes que nous a offert  notre beau pays) et Converge (des fous qui se passent de présentation) étaient aussi de l’affiche. Inutile de dire que tous les kids de la Capitale bavaient d’excitation à l’approche du show qui, en plus, se tenait, quelques jours avant l’Halloween. La semaine avant le show, ils planifiaient pour l’occasion un concours de stagedives déguisés…

Quand Terror a monté sur scène, l’ANTI était bondée et une averse de stagedives s’est abattu sur la foule. Yannick de chez Get A Room, le promoteur du show, en comptera 339 pendant la performance de 30 minutes de Terror…le show qui a donné aux kids de Québec la médaille d’or en plongeon sur foule. Encore aujourd’hui, Terror considère ce concert comme l’un de ses moments forts et je vais y  aller avec la famille et faire de même dans ma liste perso.

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Iron Maiden
Dans le cadre du Heavy MTL
Le 21 juin 2008 au Parc Jean-Drapeau de Montréal

Quiconque qui vit dans des bleds perdus connait par coeur Iron Maiden. C’est mon cas, vous devez commencer à le savoir mais je connais Maiden un peu malgré moi, je dois le dire. Au fil des partys, je suis venu à être capable de chanter The Number of the Beast la tête en bas, une Big Ten sur les pieds. Sans être le plus grand fan de la musique de Maiden, je savais que le groupe donne un solide show alors j’ai passé outre mon aversion des festivals et je suis allé me dégourdir sur la garnottes du Parc Jean-Drapeau pour le Heavy MTL.

Hatebreed et Mastodon, deux groupes que j’adore, m’avaient déçu en après-midi, alors je chialais en bouffant mon sous-marin à saveur de fesses en me demandant bien ce que je venais crisser ici. T’as d’affaire à valoir la peine, Iron Maiden.

Je suis à l’avant-scène quand débute Iron Maiden. Je suis littéralement terrassé par la foule qui pousse vers l’avant. (sous la pression, mon étui rigide de lunettes se pète en deux!). Quand je parviens à m’extirper du bétail, je comprends d’où vient la réputation d’Iron Maiden.

Même si le groupe est à plusieurs dizaines de mètres de moi, sur un stage de 300 pieds de haut, on dirait que Bruce Dickinson est à 6 pouces de ma face. Je suis captivé. Ça, c’est du charisme à l’état pur. Le mec donne un show qui dure l’éternité mais c’est une machine qui ne sent pas la fatigue. Pis il se force pour parler en français en plus et conduit lui-même son avion de tournée. Tsé, trouvez-moi une meilleure bête de scène…

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Marc-André Savard

Comptes rendus d'événements humides et propos juteux.

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