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Ultra Absorbant

Repose en paix l’Inconditionnel

Marc-André Savard
1 juillet 2010


Blessed By A Broken Heart @ Inco 11 janvier 2010

Sur Papineau, à peu près à la hauteur de Mont-Royal, y a quelques institutions culturelles qui ont pignon sur rue. Y a bien sûr La Licorne, assez dure à manquer avec son exagération de façade. Juste en face, y a La Tulipe et sa marquise toute éclairée. Méchant contraste avec un bâtiment juste à côté; un p’tit cube en béton à la façade brun marde qui a son unique fenêtre obstruée par des plantes… Sur la porte, une simple feuille blanche qui dit: L’Inconditionnel. Ça l’air de rien c’te place-là mais même sans les néons de La Licorne,  on lui doit le plus grand respect; Depuis 13 ans, le Café l’Inconditionnel est un pilier de la scène marginale (principalement hardcore). Malheureusement, l’institution présentera son dernier spectacle le 3 juillet prochain. Snif, snif…Question de rendre hommage à l’Inco, je me suis entretenu avec le propriétaire et quelques promoteurs qui y ont sévi…

De la tasse de café au moshpit
Lorsque Gilles Charette a fondé l’Inconditionnel en 1995, il aurait sans doute ri si on lui avait dit que l’endroit deviendrait un lieu culte de la scène hardcore, lui qui est issu de l’ère Led Zeppelin. Enchaînant cigarettes par-dessus cigarettes, le gars aux cheveux poivre et sel trace la genèse de l’Inco. «À ce moment-là, ça faisait 9 mois que j’avais terminé une thérapie pour régler des problèmes de consommation. Après les meetings, on cherchait une place pour se regrouper. J’ai vu un local libre sur la rue Gilford et j’en ai parlé à des amis d’ouvrir un café où on pourrait se rencontrer. À la fin du compte, je me suis ramassé le seul associé mais ça poignait pas pire. Au début, on était 60-80 à jaser ou prendre un café l’après-midi. À un moment donné, le besoin s’est fait ressentir et le local était rendu trop petit. Fait qu’en juin ‘96, j’ai aperçu le local sur Papineau. C’était un ancien garage et y a eu beaucoup d’heures de mis dessus pour le transformer en café. Juste le plancher, on a dû le laver 5 fois à l’acide…»

Évidemment, y a pas une goutte d’alcool qui s’vend dans un café fréquenté exclusivement par des gens en désyntox. En ’98, l’endroit a attiré l’attention de Frédéric Tremblay, un jeune straight edge (maintenant promoteur chez Size Em Up et guitariste de Final Word) qui cherchait une nouvelle salle pour tous afin de produire des spectacles hardcore. Gilles a accroché sur le message positif du mouvement straight edge et a tenté le coup. Après une première expérience concluante (Unconquered, un band du Nevada, en juin 98), les spectacles ont pris de plus en plus de place, malgré la violence qui peut destabiliser à prime abord sur le plancher de danse d’un tel show. Le monde est p’tête sobre mais il r’vole en gériboire! Fred s’en souvient un sourire coin. « Y avait une barrière en face du stage. Gilles a un peu paniqué au début… Il pensait que ça se battait dans la salle alors y est venu me voir en panique. Je lui ai expliqué et il s’en est foutu assez vite…»

Ouais, Gilles semble pas être le plus nerveux des gars et est particulièrement ouvert d’esprit. Sauf que ses potes en rémission embarquent pas tous dans le trip « Y arrivaient ici prendre un café pis y avait un paquet de jeunes dans place pis d’la grosse musique. Ils se sentaient pu à leur place. Mais pour moi, les spectacles étaient plus rentables et c’était moins épuisant que de vendre du café à 100 personnes toute la soirée et à peine arriver à payer les bills…»

Le meilleur sans condition
En offrant la part du lion aux promoteurs hardcore, L’Inco est devenu la principale salle pour tous de la ville – et a longtemps été la seule – à présenter ce genre de musique. Des shows, y en a eu. Tellement que personne sait vraiment combien, même pas Gilles! «Depuis 98, y en a à toutes les fins de semaines et pendant l’été, 2-3 par semaine.» J’ai passé mes maths fortes sur la fesse, mais j’me risque à faire le calcul juste pour vous autres…Donc ça frise le 1000 concerts produits? En litres de sueur maintenant, ça donne…nahhh oublie ça.

1000 concerts, très vénérable comme plateau. Quand vient le temps de choisir leurs préférés, tous les habitués et les promoteurs ont un peu le vertige. Du côté de Gilles – qui a assisté à la grande majorité des shows parce qu’il est aussi sonorisateur – c’est sans contredit le spectacle qu’a donné Ensign en 2002 ou 2004. C’était en plein mois de juillet, la capacité légale de la salle (150) était presque dépassée du double. Les murs avaient chauds et dégoutaient…Sauf que le chanteur s’est foulé la cheville au début du show et ils ont juste pu faire 2 chansons mais c’est assez pour rester en mémoire!»

En ce qui concerne Dave Boucher (de chez Extensive Entreprise, qui a longtemps été un promoteur régulier à l’Inco), le choix est difficile mais il y va avec le festival Back To School Beatdown qui est revenu quelques années consécutives. La première édition présentait entre autre Trial et Buried Alive (qui alignait à la voix un jeune Scott Vogel, aujourd’hui dans Terror). Ça fait rêver…

Du côté de Fred, c’est le show de 100 Demons avec Death Threat à égalité avec les deux shows de Cro-Mags. Ça aussi, ça fait rêver…

Chez Kevin Fernandes (de chez WreckYourFace, le promoteur le plus actif à l’Inco ces dernières années), c’est sans doute la performance des locaux Blessed For A Broken Heart en 2003 (où la capacité légale de la salle était une fois de plus dépassée du double).

Préférer l’Inconditionnel
Les salles pour tous comme l’Inco ont une importance cruciale pour la santé d’une scène. C’est l’incubateur qui permet aux jeunes de donner des shows en bas âge, d’y prendre goût, de continuer et devenir des vraies brutes au-delà de nos frontières. En plus, L’Inco était habité par un profond désir de supporter une communauté sans trop se soucier des profits ni des accrocs sur le plancher danse. «Tu prenais pas de risque financier à produire à L’Inco. Si t’arrivais pas, t’arrivais pas. Gilles était ben correct avec ça… C’est rare à Montréal» confie Fred. « L’Inco avait son vibe, le voisinage, le staff, le décors, plein d’éléments qui ont différencié l’Inco des grosses salles propres» regrette déjà Hugo Jeanson, qui produit le zine Lifers et qui a vu ses premiers shows à l’Inco.

La clé dans la porte
Même si il y a encore régulièrement des gros breakdowns gras qui font résonner l’Inco – et des gens pour y danser! – la salle fermera ses portes. La bâtisse a été vendue à un promoteur immobilier qui va sûrement transformer le tout en condo. Ostie de condos sales. (s’cusez, je l’ai échappé).

Avec cette fermeture, il ne reste plus que la salle de l’Underworld qui peut accueillir des shows heavy pour mineurs. Sauf que cette salle coûte plus cher à louer que l’Inco et c’est ainsi plus facile pour de petits promoteurs ou groupes de se péter la gueule. Si tu coupes les racines d’un arbre, il risque d’être un peu moins solide. C’t’un peu ça la fermeture de l’Inco mais au moins, des racines, ça repousse!

Une équipe de jeunes, chapeautée par Gilles, lorgne d’ailleurs du côté d’une église au centre-ville disposée à accueillir des gros moshpits pas fins de tout âge. Fait que si t’as pas encore 18 ans, continue à pratiquer tes breakdowns et à mosher devant ton miroir, y a encore de l’espoir!

* Surveillez un dossier complet sur l’Inco dans le prochain numéro du Lifers (à paraître d’ici cet automne)

Dernier show à l’Inconditionnel avec
Colossus of Rhodes, A Hopeless Lie, Deadwar, Chryses, Waterside Funeral, This Town Going Under, Cherish Your Life
Samedi 3 juillet
10/15$, 19h
Une présentation de WreckYourFace

Un commentaire
  • Alexis
    2 juillet 2010

    Le ahow d’Ensign dont Gilles fait mention date plutôt de 1999.

Ultra Absorbant

Marc-André Savard

Comptes rendus d'événements humides et propos juteux.

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