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Ultra Absorbant

Aux frontières de l’asphalte (escapade au bout de la route 138)

Marc-André Savard
26 juillet 2012

J’ai grandi à Baie-Saint-Paul, à proximité de la route 138. On en a usé des pneus sur cette longue route en se demandant bien jusqu’où elle pouvait bien mener…

Cet été, comme il est désormais coutume, l’envie a poigné à mon frère et à moi de sauter dans une voiture pour bouffer de l’asphalte. Cette fois, on a donc décidé de rouler vers l’est pour enfin voir le bout de la 138, près du village de Natashquan (là où a grandi vous savez qui ti li dam di di). L’objectif était de se prendre en photo avec la fameuse pancarte «138-FIN» et, avec un peu de chance, de faire des wellés en pickup avec Gilles Vigneault. Si jamais le projet venait à vous tenter, ce bref récit pourrait bien vous intéresser.

Pekin et Natashquan
Le Québec, c’est grand, mais c’est quand on a planifié le voyage qu’on a vraiment saisi toute sa démesure. En effet, à partir de Montréal, la fin de la route 138 se trouve à 17 heures de route, ce qui équivaut à se rendre à Pekin (Pekin en Illinois, là, pas celui de Chine, maudit fou).

L’épopée commence vraiment au-delà de Baie-Comeau, Port-Cartier et Sept-Iles, là où les pickups à roulottes se font plus rares, là où il n’y a pas de Tim Horton’s, là où les épinettes noirs sont rois, là où on pêche des saumons de 30 pieds, là où on paye son gaz avec des peaux de castors. Bon ok, peut-être pas jusque là, mais toujours est-il que plus on s’enfonce sur la Côte-Nord et plus la nature dévoile un caractère sauvage et une beauté insoupçonnée.

À cette hauteur de la 138, il y a fréquemment des élargissements de l’accotement qui permettent aux conducteurs fatigués de se reposer. Le premier soir, puisqu’on était pas mal dans la clientèle cible, on a couché dans notre char dans l’une de ces haltes…mais on a même pas écouté la fameuse toune de Desjardins, même si on avait Tu m’aimes-tu? dans le coffre à gants. R’marque que j’écoute pas la maudite toune d’Ariane Moffatt à chaque fois que «je reviens à Montréal». Finalement, faire fiter sa musique avec la route, c’est vraiment pas nécessaire…

Plein de mer
Notre première vraie escale a été Havre-Saint-Pierre, une petite ville de 3000 habitants qui a l’air d’une métropole en comparaison avec les villages qu’il y a autour (Baie-Johan-Metz, par exemple, ne compte que 95 âmes!). Situé juste en face de  l’Ile d’Anticosti (allô, les chevreuils!), Havre-Saint-Pierre est le centre de la Minganie. On y trouve  une Caisse Populaire, un poste de police, pis même des jeunes un peu blasés qui font de l’attitude, drette comme en ville!

L’attrait principal d’Havre-Saint-Pierre est bien sûr le parc national de l’Archipel-de-Mingan, qui englobe une dizaine de petites iles sauvages magnifiques et accessibles par bateau, kayak ou zodiac. De notre côté, on a opté pour un tour de zodiac de la compagnie Pneumatique Transport.

-       Heille chérie, je me pars une compagnie de tours de zodiac. As-tu des idées de nom?
-       Ben, j’sais pas….tu vas transporter du monde?
-       Ouin
-       En bateau pneumatique?
-       Ouin
-       Transport Pneumatique.
-       Ouin, j’sais pas, c’est pas ben ben original…
-       Pneumatique Transport d’abord?
-       Super!

On a choisi cette compagnie parce que c’est la seule à Havre-Saint-Pierre qui permet de voir des macareux. Tsé, c’est un peu étrange, avant d’arriver dans ce coin de pays, tu te fous royalement des macareux, mais au fur et à mesure d’en voir sur les pancartes des gîtes et des restaurants, ton besoin primaire devient celui de voir des macareux.

- Heille, man, ça fait 3 jours que tu as pas mangé ni dormi.
- Pas avant de voir un macareux!

Au cours de la randonnée de 4h, on a évidemment vu des macareux ainsi que des petits pingouins («des quilles qui volent!» selon mon frère, un ornitologue de renom). Un gros plus de ce tour est que Daniel, le capitaine, mais aussi pêcheurs d’oursins, a pêché des oursins (ce qui rentre dans la définition de tâches d’un pêcheur d’oursins, j’crois) pour nous les faire déguster quelques secondes après. D’ailleurs, ça me fait penser à cette blague qu’a fait Daniel:

-  Par icitte, on dit du crââââââbe, mais vers l’ouest, on dit du crabe. Savez-vous c’est quoi la différence?
- …
- Le crabe est congelé!

À bien y penser, les interventions – souvent salées – de notre capitaine valaient le tour à elles seules.

Capitaine: Regardez ce monolythe, il ressemble à Yogi l’ours, mais on peut aussi dire qu’il ressemble à une noune.
Petit gars de 5 ans à sa mère: Une noune?
La mère: Pour nous autres, ça va être Yogi…

Sur quelques îles de l’archipel-de-Mingan, il est aussi possible de planter sa tente sur les sites prévus à cet effet, en plein paradis. Par contre, notre manque d’équipement nous a fait pencher vers le camping municipal situé sur le continent, en bordure de la mer (parce que oui, quand tu vois pas la rive de l’autre côté, c’est la mer). Seul petit problème, la communion avec la nature a été un peu gâchée par les VTT qui passent aux 10 minutes sur la plage ou les échos de la 138…

Évidemment, aussi loin sur la Côte-Nord, les fruits de mer trônent au menu. À Havre-Saint-Pierre, on vous parle généralement de Chez Julie, mais nous avons préféré le restaurant La Promenade. Les énormes portions servies dans ce restaurant nous ont permis de ramener le fumet de la mer dans notre voiture (bref, on a roté du homard jusqu’à Nastashquan).


Ouais, ben, j’suis plein. J’vais prendre l’addition, mademoiselle. Burp.

Pour poursuivre dans le volet gastronomique, les locaux vous parleront beaucoup de la chicoutai, un p’tit fruit rare qui pousse dans les tourbières. Vous ne devez pas connaître ça et la raison est simple: Ça goûte le cul. Pensez à une sorte de mûre orangée amère avec un arrière-goût de parmesan (!). On vous propose la chicoutai sous différentes formes, mais seule la crème glacée ne vous donnera pas le goût de bombarder les tourbières de napalm pour éradiquer ce fruit de la surface de Terre.

Beach boys
Un autre élément incontournable de la région est la plage qu’on longe sur plus de 1000 kilomètres! Et des plages de sable fin totalement désertes par-dessus le marché. Car, si les touristes prennent d’assaut la Gaspésie, ils se sacrent généralement de la Côte-Nord. Donc, si vous êtes moindrement aventureux, vous allez facilement trouver un petit coin de plage vierge (et gratuit!) pour installer votre tente et allumer un p’tit feu…qui va peut-être réveler plus tard, sur vos photos de voyage, que vous avez accidentellement brûlé vif un jeune garçon.

Natashquan
Comme je l’ai dit, notre aventure nous menait jusqu’à  Natashquan, un petit village de 270 habitants très tranquille où il se passe pas grand chose. C’est probablement là son principal attrait: la sainte paix. Pour votre information, Gilles Vigneault n’habite plus Natashquan depuis 1970, mais est-ce qu’on tenait vraiment à le rencontrer? C’est un peu comme l’histoire des macareux, ça…Peu importe, à Natashquan, vous pouvez toujours visiter l’atelier de cuir de Bruno-Michel Vigneault, le fils de l’autre. Il fait de ben belles courois de guitare. «L’autre soir, j’écoutais Belle et Bum, nous  a confié l’artisan, pis ils avaient presque tous mes straps de guitare!». Il écoutait Belle et Bum? Vite, quittons cet vile personnage.

Natashquan…ben une partie, c’est quand même pas si petit que ça.

En fait, la 138 se termine rééllement une vingtaine de kilomètres à l’est de Natashquan, à Pointe-Parent. Les 18 derniers kilomètres sont en garnotte.

les derniers kilomètres de la route 138: de la garnotte et de la tourbe.

Malheureusement, alors que nous étions sur le point d’atteindre notre but, nous avons été frappés par une vision d’horreur: Des barrières de construction, un panneau «entrée interdite» et un autre «stationnement interdit», mais aucun qui disait «138-FIN». Ostie, la route était barrée à moins de 400 mètres de notre objectif.

Voyant notre mine déconfite (qui devait ressembler à celle qu’on avait lors de notre première bouchée de tarte à la chicoutai), un jobber nous a avisé que, puisque les travaux étaient suspendus, on pouvait contourner les barrières.

On a alors compris qu’on construit un pont qui enjambe la rivière Natashquan pour rallonger la 138. C’est bien beau tout ça, mais où se trouve LA pancarte? Malheureusement, elle a été retirée pour faire place au chantier…Fait que si vous voulez écrire «I LOV U STEVEN 4EVER» sur l’ultime morceau de métal, il va falloir attendre que le fameux pont soit complété, en 2016, on bien se rabattre sur la pancarte ci-dessous, qui annonce le dernier tronçon de la 138:

Peu importe, juste le fait de pouvoir dormir sur la plage, seul au monde, fait que la route pour atteindre l’objectif a clanché l’objectif en tant que tel.

5 commentaires
  • Jocely
    29 novembre 2012

    Un gros merci pour cet amusant récit de voyage.

  • Eric Bed Bedard
    18 février 2013

    j’aime bien ce récit….

  • Dupuis
    26 août 2013

    Bonjour monsieur Bédard,

    Juste une petite correction à votre article. Je ne sais pas en quelle année vous êtes passé au Havre mais il y a plus de 3,000 habitants. Il y a minimum 4,000 habitants. Maintenant on peut se rendre jusqu’à Kégaska par la route 138. Alors la fin de la 138 c’est à Kégaska.

  • Marie
    17 juillet 2014

    Il y a 3593 habitants en 2014, pas 4000…

  • Marie
    17 juillet 2014

    Et j’appuie à 100% tout ce qui a été écrit à propos de la chicoutai! Yarkeeeee!

Ultra Absorbant

Marc-André Savard

Comptes rendus d'événements humides et propos juteux.

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